
Le 18 mai 2026, le projet DynAPol-3P a publié l’article intitulé « Determinants of ultra-processed food purchases: evidence of between- and within-household variation in France » dans Social Science and Medecine.
Les aliments ultra-transformés (AUT) occupent une place croissante dans les régimes alimentaires contemporains. Leur consommation est aujourd’hui associée à un risque accru d’obésité, de diabète de type 2, de maladies cardiovasculaires, de certains cancers et de mortalité prématurée.
Dans leur article, les autrices se sont interrogées sur les déterminants des achats d’aliments ultra-transformés en France. S’appuyant sur un panel représentatif de ménages français suivis entre 2004 et 2015, les auteurs analysent les facteurs économiques, démographiques et sociaux associés à la consommation d’AUT. L’originalité de leur étude réside dans sa capacité à distinguer les différences persistantes entre ménages des changements de comportement liés à des événements de vie tels que l’arrivée d’un enfant, une modification des revenus ou l’évolution de la composition du foyer.
Les résultats montrent que les achats d’AUT sont plus élevés parmi les jeunes générations, les ménages modestes, les personnes en situation d’obésité et les habitants de certaines zones géographiques. L’étude met également en évidence le rôle des contraintes de temps : les ménages avec de jeunes enfants et les familles monoparentales ont davantage recours aux aliments ultra-transformés, probablement en raison de leur caractère pratique et rapide à préparer.
Au-delà de l’analyse des comportements alimentaires, les auteurs évaluent l’effet potentiel d’une politique fiscale ciblant les AUT. Selon leurs estimations, une hausse de 20 % du prix des aliments ultra-transformés entraînerait une baisse d’environ 19,5 % des achats dès la première année. Selon les estimations, une telle mesure conduirait près de 80 % de la population à réduire sa consommation à hauteur de l’équivalent d’une pizza ultra-transformée par semaine, et plus de la moitié à renoncer à l’équivalent d’un croissant ultra-transformé quotidien. Les effets sont plus importants à long terme en raison de la persistance des habitudes de consommation.
Les résultats révèlent un effet générationnel préoccupant : les jeunes générations consomment davantage d’AUT, ce qui pourrait entraîner une hausse durable de ces consommations. Ils soulignent la nécessité d’intervenir précocement auprès des jeunes, en régulant le marketing, en améliorant l’environnement alimentaire et en développant des alternatives saines, pratiques et abordables. Le rôle des contraintes de revenu et de temps montre également que les politiques ne peuvent se limiter à la sensibilisation. Enfin, les taxes sur les AUT apparaissent comme un levier efficace pour modifier durablement les habitudes alimentaires et améliorer la santé publique.
Cette publication a donné lieu au policy brief « Déterminants des achats d’aliments ultra-transformés en France : quels leviers pour les politiques publiques ? », qui présente les principaux enseignements de l’étude et discute plusieurs pistes d’action pour réduire la consommation d’AUT.
- Céline Bonnet, Toulouse School of Economics – INRAE
- Catarina Goulão, Toulouse School of Economics – INRAE

